Questions et réponses sur l'Hypermonde
Pour entrevoir l'avenir, il faut changer de perspective, c'est-à-dire tourner son regard non pas vers les caprices immédiats des acteurs géopolitiques souverains, mais vers l'éternité. Chaque être humain ayant jamais vu le jour obtiendra pratiquement tout ce qu'il désire, sans limite de quantité ni de durée. Bien plus encore, chacun obtiendra beaucoup plus que ce qu'il est capable d'imaginer et de désirer aujourd'hui.
Surpeuplement : problèmes réels et pistes de solution
Tout au long de l'histoire de l'humanité, environ cent milliards d'individus ont vécu sur notre planète. Ce chiffre permet de saisir l'échelle : les peuples, les tribus et les villes du passé étaient très peu peuplés par rapport à l'époque moderne. Pourtant, même aujourd'hui, avec une population de huit milliards d'habitants, la Terre est loin d'être physiquement saturée.
Contrairement aux idées reçues, le problème du surpeuplement n'est pas lié à un manque d'espace disponible. Il existe d'immenses territoires et littoraux peu peuplés, dotés d'un climat bien plus propice à la vie que celui, par exemple, des Émirats arabes unis — un pays pourtant prospère en plein désert. En Chine, la densité de population par unité de surface est deux fois et demie inférieure à celle de l'Angleterre.
Abondance et famine
Selon certaines estimations, l'agriculture mondiale, même avec le niveau technologique actuel, est potentiellement capable de nourrir convenablement jusqu'à quarante milliards d'individus. Pourtant, d'après les données de l'Organisation des Nations Unies et de l'Organisation mondiale de la santé, loin du vacarme des propagandistes, entre douze et vingt mille personnes meurent chaque jour de faim et de maladies associées, dont environ la moitié sont des enfants de moins de cinq ans. La profondeur de la plateforme est bien plus grande qu'il n'y paraît pour ceux qui habitent les étages supérieurs.
Dans un monde où l'on dépense beaucoup plus pour la nourriture des animaux de compagnie que pour sauver ceux qui meurent de faim, les valeurs et les priorités actuelles sont évidentes. La majorité des enfants que nous ne protégeons pas ne meurent pas à cause des conflits armés, mais en raison de la logique même du système capitaliste mondial, qui se débarrasse, loin des caméras, d'un excédent de population dont l'économie n'a pas besoin. Aujourd'hui, c'est leur tour d'être dévorés ; plus tard, cette même logique inhumaine s'en prendra à tous les autres.
La véritable nature du problème
De nombreux problèmes contemporains ne sont pas d'ordre technologique, mais relèvent de la gestion. Ils sont en effet complexes : il ne suffit pas d'envoyer une centaine de Boeings ou de cargos d'orge perlé en Afrique pour que les gens cessent d'y mourir de faim. Le problème est bien plus profond et systémique.
Les pays développés continuent, comme par le passé, de piller la périphérie, tandis que la nation la plus développée pratique avec succès un échange inégal avec ces pays développés. Tout cela constitue encore le fondement, le principe de base de l'ordre mondial actuel, et cela est directement lié aux problèmes actuels de surpopulation.
L'impact multifactoriel sur l'environnement
La pollution, l'épuisement des ressources naturelles, la crise énergétique, l'entassement, la pauvreté : c'est précisément de cela qu'il s'agit lorsque l'on parle de surpopulation, et non d'un manque d'espace physique en soi.
La capacité technologique de la planète
Le nombre d'êtres humains que la Terre peut faire vivre avec un niveau de vie décent, sans causer de dommages critiques à l'environnement, dépend directement du niveau de développement technologique de notre civilisation.
L'histoire illustre clairement cette dépendance. Les nouvelles technologies, des simples améliorations de l'irrigation et de l'agronomie aux succès actuels des modifications génétiques, continuent d'accroître la production alimentaire. Chaque saut technologique élargit la « capacité de charge » de la planète.
Les problèmes environnementaux que nous observons aujourd'hui découlent en grande partie de l'utilisation de technologies intermédiaires et imparfaites. L'industrie obsolète du passé polluait l'environnement à des niveaux bien plus élevés que les entreprises modernes fonctionnant en circuit fermé.
La révolution nanotechnologique
Lorsque l'humanité maîtrisera la nanotechnologie moléculaire sous sa forme mature, un saut qualitatif s'accomplira dans la résolution de tous les problèmes de ressources. Cette technologie permettra de :
Produire pratiquement n'importe quel bien de manière absolument propre, efficace et à un coût de revient minimal, proche de zéro ;
Éliminer les dommages environnementaux accumulés, causés par les méthodes de production primitives des époques précédentes ;
Recycler les déchets à l'échelle atomique pour les transformer en ressources utiles ;
Créer des cycles de production fermés où la notion même de « déchet » disparaîtra.
C'est précisément dans cette direction que l'humanité devrait concentrer l'essentiel de ses efforts scientifiques. Il s'agit de l'une des percées technologiques les plus prometteuses et les plus accessibles dans un avenir prévisible, un fruit à portée de main sur l'arbre du progrès.
La perspective spatiale
La nanotechnologie rendra également la colonisation de l'espace économiquement viable. Et il est essentiel de prendre conscience ici de la véritable dimension des ressources à la disposition de l'humanité.
À l'échelle cosmique, la Terre n'est qu'un minuscule grain de sable dans l'océan de matière et d'énergie. Chaque seconde, le cosmos dissipe naturellement une quantité de ressources des milliards de fois supérieure à tout ce que l'espèce humaine a consommé durant toute son histoire.
Il faudrait avoir une imagination bien limitée pour ne pas concevoir une utilisation plus constructive de toute cette matière et de cette énergie.
Le droit de choisir
Si, par exemple, après des milliers d'années de vie, un être humain souhaite mettre fin à son parcours, qu'y a-t-il de mal à cela
Le véritable mal, c'est quand la vie d'un être humain est interrompue contre sa volonté : une catastrophe soudaine, une maladie incurable, la violence, la vieillesse. Ce sont précisément ces causes de mort auxquelles s'oppose la philosophie du cosmisme.
Les horizons inexplorés de l'existence
Il est tout à fait possible qu'en fin de compte, personne ne veuille jamais mourir. En effet, la vie elle-même, ainsi que tout ce qu'elle peut englober, seront certainement enrichis de possibilités jusqu'alors inexplorées et inconcevables, améliorant qualitativement ce que nous appelons aujourd'hui vivre et exister.
Les smartphones, la télévision, YouTube, les jeux vidéo : tout cela aurait semblé extraordinaire et inimaginable pour ceux qui vivaient il y a seulement un siècle. De la même manière, le futur hypermonde verra sans doute émerger une multitude de nouveautés tout aussi inconcevables.
Très probablement, les gens pourront vivre des vies entières, construites comme des scénarios, en participant à telle ou telle époque avec une immersion totale dans la trame des événements. Il sera même possible de réaliser une sorte de réincarnation, tout en permettant à l'individu de conserver la mémoire de son passé.
La biochimie des états
Il est important d'aborder ici un point fondamental, souvent négligé dans les débats sur l'immortalité. La lassitude face à la vie, l'apathie, la perte d'intérêt pour l'existence : tout cela relève en fin de compte de la biochimie, et non des conséquences inévitables de l'accumulation de connaissances et d'expériences.
Les antidépresseurs et la psychothérapie d'aujourd'hui sont des technologies d'intervention qui relèvent pour ainsi dire de l'âge de pierre, comparées aux possibilités futures de régulation de l'homéostasie interne de l'être humain.
Nous approchons du seuil d'une époque où il sera possible de réguler et d'ajuster au mieux notre équilibre intérieur, tant psychique que physique.
Il ne s'agit pas d'un bonheur forcé ou d'un « paradis chimique ». Il s'agit plutôt de la possibilité de maintenir un état psychique optimal et naturel pour mener une vie pleine : clarté de perception, profondeur émotionnelle, énergie créatrice, capacité d'émerveillement et de joie.
La nature des pionniers
L'allongement radical de la durée de la vie, c'est s'aventurer sur un territoire inconnu où les effets imprévisibles, voire dangereux, sont inévitables.
De tout temps, certains hommes ont cherché à franchir les limites, à explorer ou à conquérir de nouvelles terres. Ils ont traversé d'immenses océans, sont allés dans l'espace, ont gravi l'Everest, exploré les profondeurs de la fosse des Mariannes, ou accompli d'incroyables exploits sportifs. Tout cela représente différentes manières de toucher à l'inaccessible et de repousser les limites du possible.
Aller au-delà de la durée de vie habituelle est une manifestation tout aussi naturelle de l'essence humaine et de notre aspiration innée à franchir les limites. Cela se produira inévitablement, d'une manière ou d'une autre ; c'est, si l'on veut, le destin de notre espèce.
La progressivité de la grande transition
La résurrection technologique universelle, dont parle la philosophie du cosmisme, n'est pas conçue comme un acte unique, mais comme un processus progressif et minutieusement contrôlé. Le rythme des « retraits » du passé pourra et devra être régulé, au fur et à mesure que la civilisation d'accueil y sera prête.
C'est un point fondamental : il ne s'agit pas d'inonder de manière chaotique l'avenir de milliards de ressuscités, mais d'une intégration progressive, où chaque étape est minutieusement calculée en tenant compte des risques et des problèmes potentiels.
Les prémisses technologiques de l'abondance
Aujourd'hui, on discerne déjà les voies qui mèneront l'humanité vers une économie de l'abondance, où le coût de production de n'importe quel objet, de la nourriture et même des bâtiments deviendra pratiquement nul. Une raison artificielle amicale ou les nanotechnologies suffiront probablement, à moins que ce ne soit la convergence de l'IA et de la robotique. Bien sûr, il est aussi possible que quelque chose d'autre apparaisse.
Les nanotechnologies : principe de fonctionnement et possibilités
Les nanotechnologies consistent à manipuler la matière à l'échelle atomique, à créer des réseaux interconnectés de nanorobots, c'est-à-dire des nanofabriques. La compréhension des perspectives de ce domaine par les dirigeants de notre pays a conduit à la création de la société par actions « Rusnano », qui était dirigée par Anatoli Tchoubaïs. On voulait faire au mieux, mais le résultat a été le même que d'habitude.
C'est sans doute la réalisation la plus élémentaire que l'on puisse envisager avec les nanotechnologies : un diamant de dix centimètres sur dix. Selon Eric Drexler, le temps de fabrication estimé serait d'environ une heure. La matière première est le carbone. Pour cette tâche, on pourrait remplir une cartouche standard avec de simples mines de crayon à papier : le graphite et le diamant sont constitués de la même substance et ne diffèrent que par la structure de leur réseau cristallin.
Les nanotechnologies opèrent à l'échelle atomique, et ce sont précisément ces structures que les nanorobots seront capables de démonter et de réassembler.
Inonder le monde de diamants bon marché n'apporterait pas de bénéfice majeur à l'humanité. En revanche, imprimer par le même procédé, disons, un hamburger — de manière parfaitement exacte, avec tous les organites intracellulaires de la viande modifiés par la cuisson — est une tâche bien plus complexe, des dizaines ou des centaines de fois plus difficile que pour un diamant. Pourtant, les théoriciens n'ont trouvé aucun obstacle physique qui rendrait cela techniquement irréalisable.
La révolution de la production
En développant la nanotechnologie jusqu'à un niveau permettant de créer du pain ou de la viande, l'humanité acquerra la capacité de produire pratiquement n'importe quoi, d'une copie parfaite d'une montre suisse à une voiture entière. Pour une nanotechnologie mature, il n'y a pas de différence fondamentale dans la nature de l'objet à créer, tant que sa structure est décrite en détail. Cette description est bien sûr simplifiée, mais c'est là que réside la véritable essence des nanotechnologies.
Imaginez un avenir où vous téléchargez un fichier modèle sur Internet et, grâce à une nano-imprimante domestique de la taille d'un grand micro-ondes, vous reproduisez un plat créé il y a des décennies par le meilleur chef italien. Les matières premières de ces appareils ne seraient qu'un ensemble d'éléments chimiques du tableau de Mendeleïev.
Les nanorobots, à l'instar des fourmis d'une colonie, pourront non seulement construire, mais aussi déconstruire. Une décharge accumulée depuis des décennies pourra ainsi être démantelée en ses éléments constitutifs et transformée en briquettes de matières premières pour nano-imprimantes. Ces mêmes robots seront potentiellement capables d'ériger des bâtiments dotés de propriétés inaccessibles aux matériaux actuels. À long terme, cette technologie permettra de terraformer et d'aménager des planètes entières.
L'inflation du terme
Malheureusement, dans l'espace médiatique, le mot « nanotechnologie » a subi une inflation sémantique. On a commencé à ajouter le préfixe « nano- » à tout et n'importe quoi, donnant naissance aux « nanolavages », « nanotracteurs » et autres chimères marketing.
En réalité, les applications concrètes se limitent pour l'instant aux nanofilms ou aux nanotubes de carbone, utilisés pour améliorer les propriétés de certains matériaux et apporter d'autres perfectionnements mineurs.
Derrière ce bruit médiatique, la compréhension des perspectives véritablement révolutionnaires de la nanotechnologie moléculaire s'est estompée et s'est presque perdue dans la conscience collective.
Pour réaliser des percées civilisationnelles d'une ampleur comparable au vol spatial ou à la maîtrise de la fission nucléaire dans un réacteur, les start-ups ne conviennent pas. Des défis d'une telle envergure ne sont pas rentables et n'intéressent donc pas le capital-risque ; leur réalisation exige une volonté d'un tout autre ordre.
Intelligence artificielle et robotique
Une autre technologie capable de transformer radicalement notre monde et notre modèle social est l'intelligence artificielle, en synergie avec la robotique.
Les meilleurs robots humanoïdes actuels se rapprochent déjà du niveau humain en matière de manipulation d'objets physiques. Leur principale limite réside dans leurs capacités cognitives encore insuffisantes, leur « cerveau ». Mais ce n'est qu'une question de temps : lorsque les améliorations accumulées franchiront un seuil qualitatif, une transition de phase s'opérera, et des robots véritablement intelligents pourront remplacer l'homme dans presque tous les domaines du travail physique et intellectuel.
Une distinction essentielle : intelligence artificielle contre raison artificielle
Il est ici crucial de distinguer deux concepts :
L'intelligence artificielle (IA) forte est un outil hautement efficace, un assistant capable de résoudre des tâches complexes, mais dépourvu de conscience de soi et d'autonomie véritable. C'est un serviteur parfait, sans désirs propres, sans conscience de soi ni peur.
La raison artificielle (RA) est d'une tout autre nature : une personnalité à part entière sur un support non biologique, dotée d'une conscience de soi et d'un libre arbitre.
On peut d'ores et déjà anticiper certains problèmes potentiels liés à la motivation, qui, chez l'être humain, est prédéterminée par l'évolution et les spécificités de son architecture biologique. Cependant, cette question dépasse le cadre de notre discussion actuelle.
Quoi qu'il en soit, la raison artificielle soulève des questions éthiques fondamentales et impose la nécessité de consacrer légalement les droits de telles entités, ainsi que d'interdire leur exploitation.
Contrairement à l'intelligence artificielle forte, la création d'une véritable raison artificielle semble encore très lointaine, malgré les spéculations des concepteurs de réseaux de neurones actuels, qui qualifient souvent de « raison » ce qui n'en est pas en réalité.
Les conséquences sociales de l'automatisation
Les perspectives d'une automatisation totale suscitent chez beaucoup une inquiétude légitime : que se passera-t-il lorsque les êtres humains ne seront plus nécessaires aux employeurs
Pourtant, lorsqu'un robot remplace l'homme, la quantité de biens matériels ne diminue pas — elle augmente, car le robot travaille plus efficacement et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Même une fraction de la productivité de la machine suffit à assurer un revenu permanent au salarié licencié. Ainsi, le problème ne réside pas dans la production elle-même, mais dans la redistribution, équitable ou non, des richesses créées.
Les craintes actuelles concernant le coût de ce « prélèvement » ou le nombre d'années qu'il faudra ensuite passer à le « rembourser » par le travail deviendront très probablement archaïques.
Une richesse gaspillée
L'humanité est déjà potentiellement très riche, mais elle dépense la majeure partie de ses ressources de manière improductive, voire en pure perte. Pour comprendre l'ampleur du problème, examinons quelques exemples.
L'or
Pourquoi l'humanité continue-t-elle à extraire de l'or Pour une entreprise donnée, la réponse est évidente : le profit. L'or est une mesure de valeur, une valeur refuge, une réserve d'État liquide.
Mais du point de vue de l'humanité dans son ensemble, nous avons déjà extrait assez d'or pour couvrir tous nos besoins pratiques pendant des siècles. Continuer l'extraction revient à gaspiller des ressources pour accumuler un métal qui dort inutilement dans des coffres-forts.
L'extraction mondiale d'or consiste à créer une valeur illusoire équivalant à environ trois mille tonnes de métal par an. Avec les mêmes ressources — travail humain, énergie, machines —, on pourrait maintenir les salaires de tous les acteurs de cette industrie tout en construisant des hôpitaux, en développant la science et l'éducation, ou encore en produisant de la nourriture pour l'envoyer comme aide humanitaire.
Le concept du pot commun
Si l'on conçoit l'humanité comme un système unique doté d'un réservoir commun de ressources et de richesses, chacun de nous, par son activité, soit alimente ce réservoir en biens réels, soit y puise en ne créant qu'une illusion d'utilité. Parfois même, nous détruisons délibérément ce que d'autres ont bâti, par exemple dans le cadre de la concurrence.
On peut gagner sa vie en créant de la richesse : en produisant de la nourriture, en construisant des maisons, en soignant les malades ou en instruisant les enfants. Mais on peut aussi gagner sa vie en causant du tort aux autres.
En y réfléchissant bien et en étant honnête avec soi-même, on peut comprendre ce que notre activité génère le plus : de la richesse ou du tort, et ce que produit l'organisation dont nous faisons partie. Dans la plupart des cas, la réponse est évidente : soit nous apportons quelque chose, soit nous vivons en parasites, soit nous détruisons les biens créés par autrui.
Le coût de l'affrontement
Défendre des intérêts purement nationaux au détriment de l'intérêt général de l'humanité entraîne un gaspillage de ressources à une échelle colossale. Les complexes militaro-industriels, les armées, les flottes, les bases militaires : tout cela engloutit des ressources gigantesques sans créer la moindre richesse réelle.
Lors des conflits armés, les richesses accumulées sont directement détruites, sans parler des tragédies humaines.
Il ne s'agit évidemment pas d'un appel à un pacifisme naïf, mais d'une tentative d'attirer l'attention sur le prix que l'humanité paie pour son incapacité à s'entendre. L'absence d'optimisation rationnelle et le faible rendement à différents niveaux du système s'expliquent en grande partie par les contradictions entre l'intérêt privé et l'intérêt général, ainsi que par notre division en clans défendant ces intérêts particuliers.
Cette inefficacité se manifeste partout, à grande comme à petite échelle, et les pertes globales de richesses ne se mesurent pas en pourcentages, mais se comptent en multiples.
Pour que l'humanité puisse atteindre l'immortalité et la résurrection, elle doit avant tout s'unir. Sans une grande idée unificatrice et universelle, l'homme reste un concurrent pour l'homme, voire un ennemi. C'est là que réside l'une des contributions majeures de la philosophie du cosmisme russe.
La science sans résultat
Le milieu académique contemporain est souvent plus préoccupé par le nombre de publications, les indices de citation et l'obtention de subventions que par les percées réelles. Le système d'évaluation des chercheurs est conçu pour encourager un simulacre d'activité plutôt que l'obtention de résultats concrets. Un scientifique ayant publié une centaine d'articles sans intérêt réussit mieux dans ce système que celui qui travaille des années durant sur une seule découverte majeure.
L'innovation sans innovation
Le modèle des start-ups, efficace pour certaines tâches, est appliqué mécaniquement partout, même là où il n'a pas sa place. Les budgets alloués à l'innovation sont absorbés par des personnes qui ne comprennent même pas la différence entre innovation et modernisation. On crée ainsi l'illusion d'une activité intense, alors que le progrès réel et si nécessaire fait cruellement défaut.
La substitution des objectifs
À travers un marketing agressif, les multinationales ne se contentent plus de vendre : elles façonnent nos repères de vie, créent des besoins artificiels et ramènent tout à leur seul profit.
On propose aux gens de combler par la consommation le vide existentiel né de la perte de sens véritable.
Une inversion monstrueuse s'est produite : les êtres humains sont devenus une simple ressource pour le capital. Pourtant, c'est le capital qui devrait servir d'outil pour révéler le potentiel humain, et non l'inverse.
La voie vers l'abondance véritable
La transition vers une économie de l'abondance n'est pas seulement un défi technologique. Elle exige une transformation des relations sociales et le dépassement des contradictions entre intérêts privés et collectifs.
Les technologies — nanorobots, intelligence artificielle, fusion thermonucléaire contrôlée et bien d'autres — nous fourniront des outils. Cependant, l'utilisation de ces outils pour créer une véritable abondance, et non de nouvelles formes d'inégalité et d'exploitation, exigera un choix conscient de l'humanité : celui de privilégier la coopération plutôt que la concurrence, et le bien commun plutôt que le profit individuel.
Dans le contexte du projet de résurrection universelle, cela signifie qu'il faut non seulement jeter les bases technologiques de l'abondance, mais aussi résoudre des contradictions sociales fondamentales.
Autrement, l'abondance coexistera avec une pénurie artificiellement entretenue, où la somme des technologies servira à creuser les inégalités plutôt qu'à libérer l'être humain.
La science du bonheur : des questions philosophiques aux solutions technologiques.
Qu'est-ce que le bonheur Tout le monde est-il capable de le ressentir En quoi le bonheur se distingue-t-il de la joie Si la joie n'est qu'un état psychique temporaire, est-il possible de la prolonger considérablement Et si toutes les conditions nécessaires au bonheur semblent réunies, mais que le bonheur lui-même n'est pas là, quelle en est la cause
La définition même du concept de bonheur est en soi le sujet d'un vaste débat philosophique. Demandez à différentes personnes comment atteindre le bonheur, et vous obtiendrez des réponses radicalement différentes. Les recettes proposées seront si personnelles qu'il sera impossible de trouver une formule universelle.
Beaucoup ne réalisent pas pleinement que le succès et le bonheur sont deux sommets totalement différents, pointant souvent dans des directions opposées.
D'où vient le bonheur, d'où vient l'ennui Les hommes l'ignorent, et la science se tait.
On n'enseigne pas les bases de la science du bonheur à l'école. Il est surprenant qu'un aspect aussi crucial de l'existence humaine reste en marge de l'éducation systématique. Un « Institut du bonheur de la rue Tverskaïa » sonnerait plutôt comme une curiosité que comme le nom d'une institution scientifique sérieuse. Presque personne ne travaille de manière méthodique et scientifique sur une science appliquée du bonheur.
Peut-être le moment n'est-il pas encore venu, d'autres priorités semblant plus urgentes. Il existe certes des psychanalystes, des coachs et des gourous du développement personnel, mais dans l'ensemble, face à cette question essentielle, les individus sont livrés à eux-mêmes. Ils cherchent, aspirent au mieux, et répètent inlassablement les mêmes erreurs de génération en génération.
Les pratiques spirituelles, le développement personnel, la pyramide de Maslow ou encore les pièges comme l'objectif de gagner un million de dollars : tout cela ressemble parfois à des tentatives maladroites de combler le vide d'une connaissance systématique du bonheur. Sans véritable fondement scientifique, ces approches restent fragmentaires et contradictoires.
Priorités étatiques et bonheur humain
La vérité, c'est que les États ont pour l'instant d'autres priorités que le bonheur individuel. Leur sollicitude envers les citoyens se traduit par des aides sociales, un système de santé accessible, l'aménagement urbain, le développement des infrastructures et de l'éducation. Tout cela est bien sûr essentiel et indispensable, mais ce n'est qu'un socle.
Aujourd'hui, le mot principal que la Russie doit promouvoir est le mot "bonheur". Nous sommes le pays du bonheur humain,
Aujourd'hui encore, les États préfèrent concevoir de nouvelles armes, lancer des satellites ou surpasser un adversaire potentiel, plutôt que d'assurer le bonheur des individus qui participent à cette course. On pourrait croire que c'est dans l'ordre des choses, simplement parce que personne n'a jamais vu d'alternative.
Арестович Алексей Николаевич включён Росфинмониторингом в перечень террористов и экстремистов. Объявлен в федеральный розыск.
À l'avenir, la vie de chaque être humain, le bonheur et sa qualité deviendront la principale priorité à l'échelle de la planète. Après tout, quelle autre priorité le monde des hommes pourrait-il bien avoir
« Aujourd'hui, le mot principal que la Russie doit promouvoir, c'est le mot "bonheur". Nous sommes le pays du bonheur humain », a déclaré Artemy Andreïevitch Lebedev, un homme qui a visité tous les pays du monde.
Que les États-Unis continuent de revendiquer la liberté et la démocratie. La Russie, elle, devrait proclamer que sa priorité est la félicité de ses citoyens. Ce pourrait être une excellente idéologie compétitive.
« Artemi Andreïevitch Lebedev trouve un écho chez Alexeï Nikolaïevitch Arestovitch, qui réactualise le terme aristotélicien d'« eudémonie » et trace ainsi des voies de sortie de l'enfer moderne dans son analyse du livre de science-fiction soviétique d'Ivan Antonovitch Efremov, « L'Heure du Taureau ». Un extrait audio de cette analyse est présenté ci-dessous. En posant ainsi la question du bonheur, de la souffrance et de la joie, nous transformons radicalement la civilisation elle-même et la direction du développement social, ce qui pourrait à terme changer l'ordre mondial et l'orienter dans une voie plus positive. »
Certains ricaneront peut-être aujourd'hui avec scepticisme : « Quel bonheur russe » Allez dans les régions, dans la province profonde, et regardez comment les gens y survivent avec des salaires et des retraites de misère.
L'aisance matérielle est bien sûr nécessaire — c'est une condition importante, bien qu'insuffisante, du bonheur lui-même. Le bonheur ne réside pas tant dans l'argent et la consommation, même s'il est difficile d'être d'accord avec cette affirmation quand on manque de tout. De quoi se compose-t-il alors Comment cette magie opère-t-elle dans l'âme des gens Comment la cultiver et la nourrir
À en juger par notre code culturel, par l'archétype d'une conception particulière de la justice où la vérité importe plus que le profit, où d'autre qu'en Russie pourrait-on en parler et tenter de le bâtir Après une nouvelle phase de reconstruction, bien entendu.
Pour l'instant, on observe plutôt un vide idéologique généralisé, et non des tentatives viables, dans certaines régions, de composer le mot « bonheur » avec les lettres du mot « merde ».
Mise en garde de laboratoire : l'expérience « Univers 25 »
Dans le contexte des réflexions sur le bonheur, l'expérience « Univers 25 » est extrêmement instructive. Il s'agissait de la vingt-cinquième tentative de l'éthologue John Calhoun de construire un paradis pour souris, et toutes les tentatives précédentes s'étaient soldées par le même dénouement tragique.
Malgré l'abondance de nourriture et d'eau, l'absence de menaces extérieures et de maladies, une température confortable et un espace suffisant, la colonie de souris finissait invariablement par dégénérer et s'éteindre.
Après une phase initiale de croissance, survenait une période que Calhoun a qualifiée d'« effondrement comportemental » : rupture des liens sociaux, agressivité, apathie, refus de se reproduire. En fin de compte, toute la population s'éteignait, malgré une abondance matérielle totale.
Les humains ne sont certes pas des rongeurs, mais certaines tendances de la civilisation moderne suscitent d'inquiétantes analogies. La dépression devient une épidémie dans les pays les plus riches, la natalité chute précisément là où les conditions matérielles sont les meilleures, et l'atomisation sociale progresse, en corrélation évidente avec la hausse du niveau de vie.
L'approche transhumaniste : l'ingénierie du bonheur
Les transhumanistes estiment que des interventions radicales sont acceptables et souhaitables pour restructurer l'organisme humain, y compris les systèmes responsables des états émotionnels.
À l'avenir, lorsque la science parviendra à comprendre en profondeur et avec précision les processus biochimiques du cerveau, il deviendra possible d'intervenir de manière adéquate sur le système de récompense interne que nous a légué l'évolution.
En agissant sur les systèmes neuronal, immunitaire et endocrinien, les humains pourront littéralement contrôler leur humeur et leur état d'esprit, en les adaptant aux tâches du moment, qu'il s'agisse de création exigeant de l'inspiration ou de processus cognitifs complexes.
Il est probable qu'un équilibre harmonieux soit trouvé au cours de ce processus — les « clés du bonheur », et non un simple moyen d'obtenir un plaisir perpétuel de n'importe quelle activité. Il ne s'agit évidemment pas d'une ivresse narcotique chronique, mais du maintien constant d'un état psychophysique naturel et optimal, nécessaire à une vie pleine, productive et joyeuse.
Les biotechnologies de la jeunesse
À l'avenir, les biotechnologies et les technologies cognitives seront utilisées pour préserver la jeunesse physique et émotionnelle. Cela implique non seulement une homéostasie hormonale saine, mais aussi l'optimisation de toutes les autres fonctions vitales.
Imaginez un état où l'on dispose en permanence d'énergie, de clarté d'esprit et d'ouverture émotionnelle — un état où vouloir, c'est pouvoir. Cela deviendra un élément constitutif de ce Paradis façonné par l'homme, dont parle la philosophie du cosmisme.
L'illusion du bonheur à l'ère de la consommation
Aujourd'hui, le bonheur n'est souvent qu'un leurre, une animation sur un écran suspendu à un support fixé sur notre propre tête. Impossible de s'en approcher : où que vous alliez, cet écran se déplace avec vous.
Les gens sont constamment entourés d'images de bonheur. Le rituel de la consommation apprend à l'individu à feindre l'enthousisme pour ce qui n'est, au fond, qu'une agitation imposée.
L'art de masse se termine toujours par une fin heureuse, qui prolonge de manière trompeuse le bonheur dans l'éternité. Tous les autres scénarios semblent interdits.
Même un imbécile comprendrait que la vieillesse et la mort l'attendent au prochain tournant. Mais on ne lui laisse pas le temps d'y réfléchir, car les images de joie et de réussite le bombardent de toutes parts.
La tragédie biologique
Certes, il existe des personnes temporairement heureuses. Mais rares sont ceux qui, dans notre monde, peuvent être plus heureux que leur propre corps. Or, le corps humain est malheureux par nature : il est tout entier occupé à mourir lentement.
Nous aspirons au bonheur dans des corps biologiquement programmés pour la dégradation et la mort. Le vieillissement n'est pas seulement une accumulation d'années, c'est le déclin progressif de toutes les fonctions, y compris de la capacité d'éprouver de la joie, de l'enthousiasme et de l'amour.
Dans le contexte du projet du cosmisme russe, cela signifie que les générations ressuscitées doivent revenir non pas simplement à la vie, mais à une vie empreinte d'un bonheur véritable — non pas illusoire et éphémère, comme c'est souvent le cas aujourd'hui, mais profond et durable, fondé sur le dépassement des causes biologiques mêmes du malheur et de la souffrance.
L'être humain n'est pas satisfait de manière absolue, mais relative.
Les personnes que nous laissons entrer dans notre cercle sont nos rivaux, qui guettent le moindre de nos succès et de nos échecs. Nous rivalisons avec eux, même si nous pensons le contraire, et ils cherchent à nous surpasser. Nous comparons constamment nos réussites et nos accomplissements respectifs. Nos amis doivent être les témoins de notre succès, mais ils ne souhaitent pas vraiment que la chance nous sourie plus qu'à eux. Nous jalousons nos amis, et ils nous jalousent, car ils sont les repères à l'aune desquels nous mesurons notre propre évolution.
On peut comprendre et accepter, même avec un froid mépris, que nous participons tous à une course effrénée les uns contre les autres. Mais nous ne voulons pas quitter cette course. Nous voulons la gagner, et ce faisant, nous oublions que nous aurions pu choisir une voie totalement différente.
L'échec d'autrui est facile à supporter, mais accepter son succès est incroyablement difficile. Parfois, les gens s'éloignent, consciemment ou non, pour éviter d'éprouver de l'envie ou de la colère — envers eux-mêmes pour leur manque de bonheur, et envers l'autre qui semble posséder plus de biens, et donc plus de bonheur.
Recommandation sur le sujet
À titre de référence supplémentaire, on peut recommander la conférence d'Andreï Kourpatov intitulée « Comment devenir heureux », préparée pour le troisième Forum des innovations sociales de la Fédération de Russie.
Diversité et transformation : de la valeur de chaque individu dans le projet de résurrection
Il est probable que le processus d'« extraction » commencera par les cas les plus simples et se poursuivra vers les plus complexes, à mesure que grandira notre préparation globale à cette tâche.
Le danger de la sélection
Tenter de sélectionner ou de faire de l'humanité entière de parfaits petits « anges » serait une erreur manifeste. La nécessité de diviser les êtres entre ceux qui méritent d'être sauvés et les autres relève d'une conception très archaïque de la justice. Cette idée a peut-être été introduite à dessein, autrefois, dans les textes religieux sacrés, afin d'indiquer une direction morale claire et de simplifier des subtilités éthiques complexes.
Il ne faut pas oublier que les textes religieux ont été écrits pour des personnes qui vivaient il y a plus de mille ans, et non pour nos contemporains.
En cherchant à stériliser et à raffiner l'humanité selon nos seules conceptions actuelles du bien, nous perdrons inévitablement quelque chose d'essentiel, qui dépasse le cadre de ces représentations personnelles toujours très limitées.
La métaphore de la graine
Après son « extraction », chaque individu doit être considéré comme une graine. Chaque semence du passé représente une combinaison unique de gènes, d'expériences, de contexte culturel et de circonstances de vie. C'est précisément dans cette unicité et cette diversité des personnalités que réside leur valeur inestimable.
La graine est un potentiel, non une forme définitive. Une fois plantée dans un nouveau sol, chaque personne ressuscitée pourra poursuivre son évolution unique, en bénéficiant de possibilités et d'outils radicalement nouveaux et inédits pour son développement personnel et sa transformation.
Ensemble, cette diversité de personnalités engendrera un mouvement encore plus intelligent et varié. La vie est mouvement, et nous ne pouvons que deviner vers quoi et dans quel but il se dirige.
Peut-être est-ce ainsi que l'Univers cherche à prendre conscience de lui-même à travers les myriades de nos perspectives individuelles d'observation et de compréhension. Peut-être l'apprentissage et le développement sont-ils des propriétés fondamentales de la matière vivante, inscrites dans son code source. Peut-être existe-t-il un dessein que nous ne sommes pas encore capables de saisir pleinement.
Mais une chose est claire : la diversité, même excessive, est cruciale pour la vie. Dans l'uniformité et la « rectitude » stérile, il n'y a pas de mouvement, et donc pas de vie.
Transformation par l'immersion
Les « prélèvements » représentent une multiplication du potentiel de diversité de l'expérience et de l'activité humaines. En arrivant dans un nouvel environnement, peut-être en partie scénarisé pour une adaptation en douceur, le ressuscité se retrouvera engagé dans une quête de circonstances et de situations de vie qui commenceront inévitablement à le transformer.
L'être humain évoluera mentalement, remettant en question ses préjugés et ses certitudes, dont nous sommes tous remplis. Il y réussira d'autant mieux s'il est guidé par des mentors expérimentés, ceux qui ont déjà traversé une telle transformation.
Grâce à cette nouvelle compréhension, chacun pourra poser un autre regard sur son passé et sur ses actes, ainsi que sur ceux des autres. Il pourra en comprendre les causes profondes et, grâce à cette prise de conscience, peut-être pardonner ce qui semblait impardonnable.
Octaves de perception et empathie
À l'avenir, la personnalité ne sera pas seulement transformée par ce que l'esprit humain est capable de comprendre, mais aussi par ce qu'il est capable de ressentir. Et c'est ici que nous touchons à la notion de limitation sensorielle de l'être humain lui-même.
Aujourd'hui, chaque individu possède un champ de perception assez limité. Un général des services secrets qui a passé la moitié de sa vie à colmater les failles aux frontières face aux menaces extérieures ; un artiste de variété vivant dans un monde de gloire et d'adulation ; une jeune femme qui médite depuis des années dans un ashram en Inde — tous se trouvent sur la même planète, mais habitent des mondes totalement différents. Leurs spectres sensoriels sont presque mutuellement inaccessibles.
Imaginez : la gamme complète des sentiments, des sensations et des états possibles est comparable à un piano de la taille d'une péniche. Pourtant, chaque être humain n'a actuellement accès qu'à environ une seule octave de cet instrument grandiose.
Certains sont plus chanceux : ils perçoivent plusieurs octaves, et le monde leur apparaît plus riche et plus diversifié. D'autres ont moins de chance : ils jouent la symphonie de leur vie sur trois notes seulement.
Tel autre s'acharne de manière pathologique sur une seule touche, accumulant argent et pouvoir à une échelle qui plonge des États entiers dans la misère, tandis que toute la diversité de la vie le laisse indifférent — il est sourd à ces fréquences.
Ces distorsions, ces dépendances et ces limites pourront être traitées par l'élargissement du champ de perception et l'accroissement de l'ouverture à la nouveauté.
Cela nécessitera une approche globale, combinant à la fois une thérapie événementielle et une intervention technologique directe — peut-être même par le biais d'un réimprinting volontaire partiel et d'une restructuration du système de récompense dopaminergique de l'organisme.
À terme, le projet Neuralink d'Elon Musk promet non seulement de lire des pensées précises, mais aussi des émotions — de les enregistrer en haute résolution pour ensuite les transmettre à une autre personne. Un jour, il sera ainsi possible de partager toute une perception personnelle du monde, ce qui, en soi, pourrait mener à une réévaluation radicale des valeurs.
Il sera possible de capter et de transmettre bien plus que de simples expériences positives. Près d'un million de civils tués pendant la guerre en Irak et la catastrophe humanitaire qui a suivi ne sont aujourd'hui pour nous que des statistiques, tout comme les données sur la Libye, la Syrie et d'autres conflits.
Mais qu'ont ressenti les survivants, dont les maisons ont été détruites, les vies brisées et les proches tués Si les gens avaient accès non seulement à des informations biaisées, mais aussi aux sensations et aux vécus mêmes des victimes en temps réel, s'ils pouvaient ressentir la véritable ampleur de la tragédie, des décisions totalement différentes seraient prises. Et elles seraient probablement prises d'une autre manière.
De la division à l'unité
Les groupes de chasseurs-cueilleurs primitifs ne dépassaient généralement pas cent à cent cinquante personnes, au sein desquels tous les membres de la tribu se connaissaient et se comprenaient parfaitement. L'agriculture a permis d'accroître considérablement la population, mais à cause de ce changement d'échelle, les êtres humains ont perdu leurs liens mutuels et se sont retrouvés globalement divisés. Cela a engendré des contradictions systémiques, ainsi que des individus qui ont appris à les exploiter.
Diverses approches, tant sociales que technologiques, sont potentiellement envisageables pour restaurer cette unité perdue. Peut-être qu'Internet lui-même se transformera en une sorte d'esprit collectif, devenant un prolongement de la personnalité de chaque individu. Les décisions importantes seraient alors prises par une forme de consensus collectif direct, plutôt que lors d'audiences parlementaires par une poignée de représentants corrompus.
Il est difficile de prédire les mécanismes concrets de ces changements. Mais il est essentiel de comprendre que le passé n'est pas une fatalité. Ce qui nous semble aujourd'hui si crucial et impardonnable pourrait, à l'avenir, être perçu comme de vieilles querelles d'enfants ayant totalement perdu leur importance.
La civilisation du pardon
Le projet de résurrection universelle n'est pas un simple accomplissement technologique. C'est le projet de bâtir une civilisation capable d'accueillir toute la diversité de l'expérience humaine, y compris ses zones d'ombre, et de transformer cette diversité en richesse.
Chaque ressuscité n'est pas un objet de jugement, mais un sujet de développement. Chaque personnalité, quelle qu'elle ait été au moment de sa mort, aura la chance de se transformer, d'élargir sa perception, d'accéder à la compréhension et au pardon.
Dans ce contexte, ces « extractions » ne sont pas un simple retour à la vie, mais une invitation à participer au projet grandiose de l'avènement d'une forme de vie intelligente nouvelle, plus complexe et plus harmonieuse.
Une forme où la diversité n'est pas source de conflit, mais le fondement d'une symphonie, où chaque note, même dissonante, trouve sa place dans l'harmonie générale.
Est-ce une utopie Peut-être. Mais toute l'histoire de l'humanité est un mouvement de l'impossible vers le possible. Et si nous apprenons à ressusciter les morts, nous apprendrons aussi à créer les conditions de leur véritable transformation et de leur intégration dans un tout uni, mais infiniment diversifié.
Le pouvoir et l'architecture de sécurité pour cent milliards d'individus
L'ordre contemporain repose sur le pouvoir de certains hommes sur d'autres et sur le monopole de la violence par l'État. Par habitude, il est difficile de penser dans un autre système de représentation, et même d'envisager l'existence d'une alternative : un monde où le pouvoir en tant que tel n'existerait plus, faute de nécessité.
Toute notre histoire est une chronique de domination et de soumission, de hiérarchies et de révolutions, de tyrans et de libérateurs. Nous sommes imprégnés de ce paradigme plutôt belliqueux, où l'absence de pouvoir semble synonyme de chaos.
Liberté technologique ou contrôle total
Dans une version purement hypothétique de la société du futur, il est possible qu'un individu ne puisse physiquement pas en frapper un autre sans son consentement. Aucun acte d'agression — qu'il soit verbal, psychologique ou physique — ne serait possible si le destinataire refusait de le recevoir.
Mais comment réaliser cela concrètement tout en restant dans un corps biologique Cela reste flou. On peut certes imaginer des interfaces neuronales bloquant les impulsions agressives, ou des nanorobots paralysant les muscles en cas de tentative de violence. Mais qui contrôlera ces systèmes Et ne risquent-ils pas de de venir des instruments d'asservissement total sous prétexte de sécurité absolue
La hiérarchie comme nécessité
Les systèmes actuels intègrent des hiérarchies sans lesquelles ils s'effondreraient inévitablement. Est-il bien raisonnable de rêver de droits et de libertés coupés de toute responsabilité, ou même de tout régulateur sous forme de structures de pouvoir
Aujourd'hui, nous pouvons au moins réfléchir calmement et débattre philosophiquement de ce sujet, sans craindre le chevalet de l'Inquisition ou la crucifixion sur décision d'un procurateur romain.
L'anarchisme est le nom générique donné aux systèmes de pensée qui rejettent la nécessité d'une gouvernance coercitive et du pouvoir de l'homme sur l'homme. Les anarchistes prônent l'autogestion, et il existe une multitude de courants différents qui divergent souvent sur diverses questions, des plus secondaires aux plus fondamentales. Les orientations de la pensée philosophique anarchiste englobent un large éventail d'idées, allant de l'individualisme extrême au communisme sans État. Certains anarchistes rejettent catégoriquement toute forme de contrainte et de violence, à l'instar des tolstoïens, représentants de l'anarchisme chrétien.
La vulnérabilité de toute architecture
L'existence même d'une structure dominante dans l'Hypermonde est une vulnérabilité évidente :
Un pouvoir centralisé peut être compromis de l'extérieur.
Il peut muter de l'intérieur.
Le contrôle peut être détourné.
Le système de gouvernance peut perdre sa pertinence, entraînant alors son effondrement sous l'effet de contradictions nées de circonstances nouvelles et d'une nouvelle compréhension des mécanismes d'interaction sociale.
Un système décentralisé de gouvernance et de pouvoir n'est pas non plus exempt de failles et de vulnérabilités. Comment concevoir un code doté d'un socle immuable de principes et de règles pour les siècles et les millénaires à venir
Si ses principes doivent être flexibles, une question se pose : dans quelle mesure et jusqu'à quel point peuvent-ils se transformer Si l'on établit des fondations rigides, elles finiront par devenir obsolètes et se transformeront en entraves.
Sachant qu'il s'agit du destin d'au moins cent milliards d'êtres humains, des erreurs dans l'architecture fondamentale pourraient avoir des conséquences catastrophiques.
Un panier de crabes ou l'harmonie
Les approches actuelles pour garantir le compromis social ne sont pas seulement imparfaites : elles s'avèrent instables, même à l'échelle des siècles. L'histoire du vingtième siècle est celle de l'effondrement de toutes les grandes idéologies : le communisme, le fascisme, et aujourd'hui la démocratie libérale, qui traverse une crise profonde.
Il semble que les fondations de l'Hypermonde devront reposer sur des approches de régulation fondamentalement différentes. Mais lesquelles
Un monde d'individus privés de principes, d'idées et de convictions communes se transforme inévitablement en un bocal d'araignées s'entre-dévorant. L'existence de véritables systèmes humanistes est-elle seulement possible sans une forme de sur-contrainte, incarnée par la sur-éthique de Dieu
La racine des guerres
Une éthique commune et directrice, fixant les priorités, est indispensable pour empêcher le système de s'effondrer sous le poids de ses contradictions internes. Il est possible de formuler une nouvelle ontologie, et à partir d'elle une nouvelle éthique, en s'appuyant sur les idées du cosmisme russe.
Mais que faire de ceux qui refuseront de partager cette éthique Et que tentera certainement de faire cette minorité, ou cette majorité, à l'avenir, simplement parce qu'elle en aura la force et le pouvoir
La voilà, la racine indestructible des guerres. Mais est-elle si indestructible que cela Et faut-il seulement chercher à l'extirper
Enjeux et responsabilité
Nous ne parlons pas ici d'une philosophie politique abstraite, mais du destin potentiel de cent milliards d'êtres ressuscités. Une erreur dans la conception de l'architecture sociale de l'Hypermonde pourrait transformer la vie de milliards d'êtres en un enfer éternel.
L'inaction est aussi un choix. Laisser les choses en l'état reviendrait à condamner l'humanité à reproduire indéfiniment les cycles de la violence structurelle, mais cette fois à l'échelle d'une civilisation immortelle.
Le paradoxe est que, pour créer un monde sans pouvoir, il faudra peut-être une concentration de pouvoir sans précédent. Quelqu'un devra décider des principes fondamentaux de l'Hyper-Monde. Quelqu'un devra les mettre en œuvre. Et ce « quelqu'un » obtiendra un pouvoir supérieur à celui de tous les tyrans de l'histoire réunis.
On veut espérer que, d'ici à ce que de telles décisions deviennent nécessaires, l'humanité aura suffisamment évolué pour concevoir une vision commune de ce nouveau compromis mondial. Un plan de transition détaillé que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd'hui, tout comme les hommes du dix-huitième siècle ne pouvaient imaginer la démocratie sur Internet.
En attendant, il ne nous reste qu'à réfléchir, débattre et chercher. Car de la qualité de notre quête dépendra l'avenir : sera-t-il un paradis de liberté ou un enfer pavé de bonnes intentions
Le piège de la liberté
Une production de la British Broadcasting Corporation, sortie en deux mille sept : « Le Piège : qu'est devenu notre rêve de liberté »
C'est un excellent film sur la crise de l'humanisme. Pourquoi les politiques parlent-ils si souvent de liberté alors que, plus ce mot résonne dans leur bouche, moins la société en dispose
Le réalisateur du film explore les origines de cette situation avec la minutie d'un chirurgien. Il dissèque couche après couche les structures politiques et sociales de la civilisation occidentale, révélant à nos yeux ce que nous avions oublié, ou même ce que nous ne soupçonnions pas.
La liberté de choisir son apparence à l'ère de la longévité radicale
Notre perception de la correspondance entre l'âge et l'apparence sera de toute façon profondément bouleversée dès lors qu'il sera possible de modifier radicalement cette apparence. Une technologie globale visant à inverser le vieillissement du corps humain et à le rajeunir constitue déjà, en soi, une intervention esthétique majeure.
Il est même potentiellement envisageable de réécrire le génome d'un organisme vivant dans chaque cellule, dans chaque mitochondrie, et ce, directement au cours de son existence. Cela reposerait sur les principes de la technologie CRISPR-Cas9, qui a valu le prix Nobel à ses conceptrices en deux mille vingt.
L'apparence comme choix
Une personne de deux cents ou cinq cents ans ressemblera très probablement à ce qu'elle aura choisi. Elle pourra prendre l'aspect d'un vieillard vigoureux aux cheveux blancs, d'un jeune homme ou d'une jeune fille, ou même d'un personnage de jeu vidéo ou de film. L'apparence deviendra un choix personnel.
La première transformation physique sera probablement un processus de longue haleine, car la psyché aura besoin de temps pour s'adapter afin de préserver sereinement son identité et son image de soi. Les métamorphoses suivantes, si elles s'avèrent nécessaires, pourront s'effectuer plus rapidement, mais la toute première aura avant tout un caractère cosmétique, régénérateur et revitalisant.
L'évolution des normes sociales
La perception même de l'apparence et les modèles de conformité sociale vont se transformer. De nombreux couples choisiront sans doute de planifier et de décider ensemble, à l'avance, des modifications qu'ils souhaitent s'apporter.
Les enfants « extraits » avant leurs parents pourront, s'ils le souhaitent, adapter leur corps à l'image que leurs proches ont gardée d'eux pour le jour de leurs retrouvailles. Un tout-petit particulièrement éveillé pourrait, bien sûr, déstabiliser des parents non préparés. Dans ce cas, une solution consisterait à lui donner huit à douze ans de plus, un âge auquel les parents pourront encore le reconnaître physiquement. Quoi qu'il en soit, l'émotion sera très probablement au rendez-vous.
L'adaptation à la nouvelle réalité
Une attention particulière sera accordée à l'adaptation psychologique des personnes « extraites ». L'un des aspects de cette démarche consistera à recréer, dans un premier temps, un environnement familier : un logement spécifique, une maison ou un appartement, et même l'assortiment de produits du commerce de quartier. Une sorte de rétro-simulation locale.
La nature de l'agression et les voies de sa transformation
L'agression, la violence et la lutte pour la domination au sein des hiérarchies font incontestablement partie de notre nature biologique. En cherchant à stériliser et à purifier uniquement ce que nous considérons comme bon, nous perdons inévitablement quelque chose de très profond et d'essentiel dans notre essence même. De plus, aucune éducation, aussi parfaite soit-elle, ne peut remodeler des comportements biologiquement prédéterminés : on ne peut pas éduquer les gènes. On peut certes forcer un lion à se produire dans un cirque, mais quel sera l'impact d'un quotidien aussi contre-nature sur sa qualité de vie
Dans tous les cas, ces « extractions » concernent des individus totalement différents, aux personnalités déjà formées, issus d'époques historiques distinctes, avec des éducations et des principes moraux très éloignés des nôtres, sans même parler de ceux du futur.
L'héritage des vainqueurs
Nous tous, qui vivons aujourd'hui, sommes les descendants des vainqueurs, le prolongement des meilleurs d'entre les meilleurs, de super-prédateurs et de super-rusés ayant surmonté à maintes reprises une sélection naturelle impitoyable. Dès lors, croire sérieusement que l'on ne porte aucun mal en soi est évidemment une erreur. Chacun possède sa part d'ombre, souvent inconsciente ou refoulée jusqu'au moment opportun.
Ce mal intérieur peut prendre des formes hybrides et s'exprimer de manière détournée : par exemple, sous couvert d'un point de vue jugé correct, d'une religion véritable, de la loi, de la justice ou même du bien. Notre propre mal s'octroie le droit d'agir comme il le fait, cherchant souvent à se manifester d'une manière socialement acceptable, ou du moins à trouver une justification purement personnelle à ses actes.
Le diable commence avec l'écume aux lèvres d'un ange qui a cru en sa propre justice et s'est engagé dans le combat pour une sainte et juste cause. L'esprit de haine dans la lutte pour une juste cause est éternel. Et grâce à lui, le mal sur terre n'a pas de fin.
Un personnage comme Thomas Shelby, conscient de ce qu'il est et de ce qu'il fait, est bien plus séduisant qu'un scélérat dont le dernier refuge est le patriotisme. Chacun de nous est porteur de mal, et il est bien naïf de croire qu'on en est exempt tant que l'on habite un corps biologique.
Le diable commence par l'écume aux lèvres de l'ange qui, convaincu de son bon droit, s'engage dans le combat pour une sainte cause. L'esprit de haine dans la lutte pour une juste cause est éternel. Et c'est à cause de lui que le mal sur Terre n'a pas de fin. Depuis que j'ai compris cela, je considère que le style de la polémique est plus important que son objet : les sujets changent, mais le style, lui, façonne la civilisation. — Grigori Pomerants
L'externalisation du mal
C'est précisément le refus d'accepter le mal en soi qui conduit à son externalisation, c'est-à-dire à son transfert sur les autres — par exemple, sur la figure imaginaire d'un tyran qui serait responsable de tout, ou sur un groupe de dissidents. Tout à leur quête de vertu, même les plus « éveillés » ou ceux qui prétendent avoir atteint le zen ne parviennent parfois pas à contenir le bouillonnement de leur propre merde intérieure. Cette pression cherche une issue et la trouve dans leur attitude personnelle envers certaines catégories de personnes, dans les mots qu'ils prononcent, ou dans leur posture de supériorité affichée.
Comprendre et accepter le mal en soi offre plus de liberté et un choix plus authentique. En chacun de nous, au cœur même de nos chaînes d'ADN, réside aussi le bien. La science aura encore besoin de beaucoup de temps pour décoder les messages écrits dans cette langue des nucléotides, afin de mieux comprendre qui nous sommes, de quoi nous faisons partie et ce que nous transmettons.
Par différents moyens, de manière collective ou individuelle, nous tentons de contenir et de réprimer ces manifestations si naturelles de notre nature biologique. Nous essayons de nous couper de notre propre nature et nous nous révoltons même en affirmant que l'homme n'est pas un animal.
Solutions possibles
Plusieurs solutions d'avenir sont envisageables. Un concept intéressant est présenté dans la série « Westworld » (deux mille seize). On pourrait modifier la nature même de l'homme, sans pour autant recourir à des méthodes aussi brutales que celles du film « Orange mécanique » de Stanley Kubrick. Cependant, quelle que soit la méthode choisie, une telle correction implique des limites, une contrainte, c'est-à-dire toujours cette vieille idée de « violence pour le bien ». Cela suscitera une résistance, donnera naissance à une nouvelle distinction entre « nous » et « eux », et, par conséquent, mènera à une nouvelle forme de guerre.
On peut essayer de prendre une autre voie : créer des espaces où est permis tout ce qui est inacceptable dans une société civilisée, des « zones de guerre » ou des zones à règles spéciales. Tout le monde n'aura pas envie de s'y rendre, probablement même une minorité, mais pour le bien commun, il est nécessaire de penser aussi à cette minorité.
Ce qui est grave, ce ne sont pas tant les guerres en soi, mais le fait que des personnes qui ne le souhaitaient absolument pas se retrouvent entraînées dans ces événements.
Zones à règles spéciales
Si votre destin est la guerre, ou si, à une certaine étape de votre vie, tout votre être réclame ce genre d'événements, de sensations et d'expériences, nul besoin de chercher une idéologie ou une vérité locale pour justifier vos actes. Rendez-vous dans un lieu spécialement conçu à cet effet, aux risques limités, où l'on ne pénètre que par choix et dont on ne peut se retirer que selon des conditions définies au départ.
Les conditions peuvent alors être très variées : un territoire avec des armes à feu ou, par exemple, uniquement des épées et des flèches. On peut même inclure dans le contrat la possibilité de mourir complètement et définitivement, avec une probabilité extrêmement faible.
Les principes de base sont simples : si l'on veut avoir la possibilité d'exercer de la violence, de causer des torts, des dommages et des souffrances, il faut être prêt à subir la même chose à la mesure de ses propres choix. Tout le monde se trouve sur un pied d'égalité, ou presque : ceux qui risquent le plus devraient logiquement obtenir plus d'opportunités ou certains avantages de départ.
Il faut préserver la vie de chacun grâce à cette même technologie de « retrait », à moins que le contrat ne prévoie d'autres options. Ce n'est pas aussi simple que dans un jeu vidéo, bien sûr. Après une blessure « mortelle », passer plusieurs mois sous les bombardements dans un hôpital de la Grande Guerre patriotique peut s'avérer être une sacrée épreuve, tout comme rester infirme pendant plusieurs années au milieu de cette reconstitution historique.
Ce qui se passe dans les zones à règles spéciales y reste et ne doit pas déborder ensuite sur le monde extérieur, dont les habitants refusent d'être associés à la violence. Ce qui est décrit ici n'est même pas un concept, mais plutôt une simple piste de réflexion.
La guerre comme moyen d'apprentissage
Sans doute les guerres et les affrontements du monde moderne sont-ils aussi une forme d'apprentissage, où la victoire fait office d'arbitre et de juge intègre. Parfois, la vérité ne naît pas de la discussion, elle ne s'impose que par le combat. Qui doit décider de ce qui est le mieux entre le capitalisme et le socialisme Qui devra ensuite affirmer qu'une combinaison optimale et raisonnable des deux au sein d'un système unique est la meilleure solution Comment l'affirmer avec une telle autorité et une telle force d'évidence que tout le monde y souscrive Est-il seulement nécessaire que tous, sans exception, soient d'accord et cessent de chercher d'autres voies, de meilleures voies
Peut-être les guerres subsisteront-elles à l'avenir, et pas seulement sous forme de simulations historiques pour ceux qui souhaitent y participer. En tant que méthode d'apprentissage, la guerre pourrait prendre d'autres formes, encore plus diverses, car dans son essence même, elle est déjà, aujourd'hui, principalement informationnelle. Fondamentalement, c'est une lutte de sens, une confrontation de différents vecteurs de mouvement, un débat entre des vérités diverses qui, ensemble, dessinent un même motif.
On veut espérer que, dans un avenir relativement proche, nous parviendrons à éliminer les manifestations aussi grossières des affrontements, telles que les chars, les obus et autres armes létales. L'espoir que nous réussirons plus tard à tout corriger par des « retraits » ou des procédés similaires n'est pour l'instant qu'un espoir.
Le fondement ultime
Le fondement ultime, c'est la réponse à la question : pour quoi, précisément, es-tu prêt, personnellement, à tuer et à mourir, dans une situation où tu ne souhaites ni l'un ni l'autre en soi Même sans s'avouer honnêtement la réponse, de nombreuses personnes sur Terre sont capables de faire l'un et l'autre, portées par une sorte de « vent de l'histoire ». Les spécialistes, quant à eux, savent si bien leur souffler à l'oreille que les combattants ne s'interrogent même pas sur leur propre « fondement ultime », mais se contentent d'exécuter ce que l'on attend d'eux.
Seul l'espace de l'amour ne laisse aucune place à la guerre.
Seul l'espace de l'amour ne laisse aucune place à la guerre.
L'évolution des représentations du paradis et la nature du miracle
Pour un serf affamé, transi de froid, dont le quotidien n'est fait que de labeur pénible et d'horizon culturel limité, l'idée du Paradis comme récompense pour les épreuves et les privations de la vie terrestre peut sembler tout à fait logique, juste et cohérente.
Les légendes du paradis
Le Paradis islamique comprend des plaisirs charnels. Selon certaines légendes, des guerriers qui partageaient le repas de chefs spirituels se voyaient verser des substances psychotropes dans leur nourriture. Puis, plongés dans un sommeil second, ils étaient transportés dans un lieu secret d'un luxe inouï, entourés d'or et de splendeur : des fontaines de vin, une multitude de femmes belles et attentionnées, des mets d'une abondance infinie. Après leur avoir laissé un court instant pour jouir de toutes ces merveilles, on les droguait à nouveau pour les ramener à la table du chef spirituel. On leur inculquait alors l'idée qu'ils venaient d'entrevoir un fragment du paradis, et qu'ils y accèderaient après leur mort s'ils restaient fidèles, prêts à donner leur vie et à garder le secret sur ce qu'ils avaient vu.
Ces guerriers n'avaient jamais rien vu d'aussi admirable et ne pouvaient même pas imaginer qu'un tel endroit puisse être l'œuvre de l'homme. C'était, somme toute, une bien curieuse méthode pour recruter des chefs de guerre dévoués et des gardes du corps personnels.
La transformation du sens
Aujourd'hui, la classe moyenne des pays développés a accès à bien plus de richesses que les rois du passé. Dès lors, la nature exacte de la récompense promise au Paradis pour une « bonne conduite » devient beaucoup moins évidente, puisque tout ce qui est imaginable peut déjà être obtenu sur Terre. Pour beaucoup de gens, la foi suffit pour suivre les dogmes religieux — pour beaucoup, oui, mais certainement pas pour tous.
Comment évaluer la valeur de ce qui est extraterrestre et impensable La vie éternelle au Paradis en soi, et l'impossibilité de mourir même si on le souhaitait, pourrait bien s'avérer être un supplice. Après tout, la valeur de la vie éternelle est subjective et dépend d'un rapport personnel qui peut changer au fil des millénaires. Dire que « l'éternité, c'est bien » et que « la finitude, c'est mal » est une simplification extrême ; c'est simplement que, pour l'instant, bien peu de gens se projettent aussi loin dans l'avenir.
Dans la communauté religieuse, il n'est pas d'usage de débattre de ces questions avec un esprit critique. L'idée centrale de ces propos n'est pas de nier l'existence de Dieu ou du Paradis, mais de suggérer que nos représentations — de ce qu'il est, de son emplacement et de son organisation — sont très probablement simplistes, incomplètes et archaïques. Les descriptions mêmes du Paradis ont été conçues par et pour des hommes qui vivaient il y a des siècles, voire des millénaires.
Conceptuellement, le Paradis est encore présenté aujourd'hui comme quelque chose de simplement merveilleux, d'incommensurable à l'échelle humaine, impossible à comprendre ou à ressentir pleinement. En d'autres termes, on nous demande simplement de croire que nous y serons bien, et on nous le présente comme la récompense ultime.
Le choix est évident
Pourtant, la vérité aujourd'hui évidente réside dans ce que choisira la majorité de nos contemporains dès que l'occasion se présentera : soit ne rien faire, vieillir et s'en remettre ensuite au « Jugement dernier » du Très-Haut, soit prolonger d'un siècle leur vie terrestre dans un corps jeune et sain grâce aux biotechnologies, puis la prolonger encore et encore. Ce choix est exactement le même que celui de prendre ou non les médicaments prescrits par un médecin.
L'argument de l'existence d'un Paradis divin utilisé comme un moyen de corrompre l'homme a en soi quelque chose de vulgaire. Après tout, il s'agit toujours d'une contrainte, mais par la carotte. Tout comme, d'ailleurs, l'argument de l'existence de l'enfer. Comment faut-il « aimer » les hommes pour en envoyer une partie dans un lieu spécial, plein de feu, de fumée, de chaleur, de souffrance et de douleur, afin qu'ils y soient tourmentés, qu'ils y brûlent, étouffent, crient et pleurent pour l'éternité, jusqu'à la fin des temps Il y a là quelque chose qui ne va pas...
L'ingénierie du paradis
Différentes approches sont potentiellement envisageables pour l'ingénierie du paradis, c'est-à-dire la construction d'un « paradis sur Terre » créé par l'homme. À titre d'exemple, le site consacré à ce sujet souligne que nous ignorons les racines biochimiques de notre mal-être et propose une transition vers une ère post-darwinienne. Il évoque la possibilité d'éliminer totalement la douleur et la souffrance. Le vacarme des partis politiques et la géopolitique nous détournent de ce qui devrait réellement être accompli.
Sur le plan évolutif, le couple douleur-plaisir, ou évitement-recherche, constitue la force motrice, le moteur du développement et de l'apprentissage. Est-il possible, pour une vie consciente, de remplacer ce moteur par un autre plus moderne, fonctionnant selon des principes et avec un carburant différents La question reste ouverte, mais l'humanité essaiera très certainement.
La quête d'un grand espoir
Une autre voie historique, marquée par l'ascension de l'homme, une « parole nouvelle » : en quoi consiste-t-elle aujourd'hui S'agit-il d'un monde multipolaire dont les composantes, comme par le passé, accumuleront de la puissance dans le but de s'affronter, voire de s'anéantir mutuellement Ou bien la multipolarité rendra-t-elle d'elle-même les interactions entre les acteurs plus justes et moins sanglantes C'est plutôt le contraire qui risque de se produire. Où réside l'espoir, le grand espoir historique, et en quoi consiste-t-il
La divino-humanité est l'état idéal de l'humanité, conçu comme l'aboutissement et le terme du processus historique terrestre. Cette idée a trouvé son interprétation philosophique dans les travaux du penseur religieux Vladimir Soloviev. C'est une image-rêve qui, selon le philosophe Berdiaev, accompagne une humanité en quête de « la vérité — le sens de sa propre existence — et la liberté ».
La nature du miracle
Quelques paragraphes sur les miracles.
Pour faire simple : ils n'existent pas, et pourtant ils se produisent, sans qu'il y ait là de contradiction. Le miracle fait partie de la réalité objective ; c'est une possibilité permanente, simplement dérobée à nos yeux. C'est ce possible qui échappe totalement à notre représentation de la réalité.
Si quelque chose qui, selon nos conceptions, ne devrait pas exister fait soudainement irruption dans notre tunnel de réalité personnel et toujours limité, il devient impossible d'ignorer cet événement. Il exige de trouver sa place, exige une explication, et, par sa simple présence, transforme déjà notre réalité. Quant au véritable miracle, tant qu'il ne s'est pas produit, nous ne saurions même pas dire s'il est impossible, car nous sommes incapables de poser la question en ces termes : est-ce possible ou impossible Nous ne pouvons même pas imaginer qu'une telle chose puisse arriver, et soudain, « boum », c'est déjà là.
Miracle probabiliste et miracle véritable
Imaginons qu'un homme se noie dans une rivière de montagne glacée, qu'on l'en sorte trente minutes plus tard et que les réanimateurs parviennent à le ramener à une vie normale. Ou qu'une personne passe des années sous assistance vitale avant de sortir du coma sans explication claire. Ces situations ne relèvent pas du miracle véritable, mais du miracle probabiliste.
La résurrection de Lazare par Jésus, si ce fait a réellement eu lieu, est un miracle. Bien que le christianisme ne soit pas la première religion à mentionner la résurrection des morts, pour les Juifs contemporains de Ponce Pilate, cet événement a pu être perçu comme totalement impensable. Il les confrontait à un fait tout simplement impossible, une réalité qu'ils n'avaient jamais envisagée comme possible ou impossible. Pour eux, un événement d'une telle ampleur constituait le miracle même.
La manipulation du miracle
Les prêtres mayas, comprenant certaines lois de la nature, pouvaient prédire les dates des éclipses solaires, ce dont ils profitaient pour renforcer leur autorité et leur pouvoir. Ils organisaient de véritables spectacles ces jours-là, faisant des sacrifices et imposant leur propre interprétation intéressée à un peuple ignorant pour qui ce spectacle était, bien sûr, un véritable miracle. Christophe Colomb a cyniquement utilisé un stratagème similaire, mais avec une éclipse lunaire, pour terrifier les indigènes de Jamaïque afin qu'ils approvisionnent ses hommes en vivres.
Un spectacle de lumière moderne, réalisé à l'aide de lasers, peut créer l'illusion que les colonnes d'un bâtiment dansent, ainsi que d'autres métamorphoses visuelles étonnantes. Si l'on avait montré une telle chose il y a trois cents ans au Vatican, en projetant de surcroît le visage du pontife de l'époque sur la basilique Saint-Pierre, il aurait suffi de livrer sa propre interprétation des faits à un public stupéfait. N'est-ce pas là une preuve absolue de l'existence de Dieu Combien de personnes auraient alors été capables de douter d'une telle preuve, présentée sous la forme d'un miracle manifeste
Le miracle n'est que la manifestation de ce qui dépasse notre connaissance et notre compréhension personnelles du monde. Pour les hommes qui vivront dans trois cents ans, nous sommes aujourd'hui tout aussi ignorants et sauvages que peuvent nous sembler ces catholiques qui ont brûlé des dizaines de milliers de sorcières sur des bûchers.
Le problème de l'intégrité de la personnalité : les frontières du « soi » et du « non-soi ».
La chenille, la chrysalide et le papillon en lequel elles se transformeront ensuite sont-ils un seul être ou trois êtres différents Il est évident qu'il s'agit de trois organismes totalement dissemblables par leur structure et leur fonctionnement. Alors, pourquoi certains considèrent-ils qu'il s'agit d'un seul et même être, simplement à différentes étapes de son développement et de sa transformation Qu'est-ce qui unit précisément ces trois organismes si différents Gardez en tête votre réponse actuelle à cette question, si vous en avez déjà une.
Expérience de pensée sur la division.
Faisons une expérience de pensée. Imaginons que, dans une salle d'opération du futur, un homme soit « coupé » en deux parties égales, du sommet du crâne jusqu'en bas. Ensuite, des robots médicaux spéciaux complètent les deux moitiés à l'aide d'une matière externe, en copiant de manière parfaitement exacte les parties manquantes du corps pour reconstituer un tout. Au final, on obtient deux êtres humains physiquement identiques et bien vivants. Ils se réveillent dans des pièces différentes. Après quoi, l'un d'eux, sans être informé de ce qui s'est passé, est renvoyé dans sa famille aimante, tandis que l'autre est envoyé dans un camp de concentration hypothétique.
Où se retrouve la personnalité qui existait avant cette opération A-t-elle été détruite, voire tuée, au cours du processus, ou s'est-elle dédoublée, de sorte qu'il s'agit désormais de la même personne, mais avec deux corps dont la connexion sensorielle est rompue Qu'est devenue dans tout cela l'âme ésotérique, si tant est qu'elle existait, et aurait-elle pu ne rester que dans l'un de ces corps
On peut modifier l'expérience de pensée : au lieu de couper le sujet en deux, on pourrait assembler, à l'aide de ces mêmes robots médicaux, une copie exacte de lui à l'atome près. Juste après cela, on ferait en sorte d'effacer toute information permettant de savoir qui est l'original et qui est la copie. S'il est impossible de trouver la moindre différence, peut-on affirmer qu'il s'agit du même individu S'il s'avère que cet homme a commis un crime un an auparavant, doit-on jeter les deux en prison Comment trancher Si la justice ne peut se permettre de commettre d'erreurs et de punir quelqu'un qui n'a pas personnellement commis de délit, devient-il possible d'échapper à une peine certaine en créant simplement sa propre copie d'une manière ou d'une autre
Avec le développement des technologies, ce genre de questions, auxquelles on ne sait absolument pas comment répondre, va se multiplier. Et si, par un moyen technique artificiel, on maintenait un lien sensoriel entre ces deux personnes Si l'on créait une connexion permanente entre l'original et sa copie, en synchronisant leur mémoire commune, leurs sensations, leurs émotions et leur vision Pourrait-on alors dire qu'il s'agit d'une seule et même personne se trouvant simultanément dans deux endroits différents
De la philosophie à l'ingénierie
Du domaine purement philosophique, la question de l'intégrité de la personne est déjà passée aujourd'hui à celui de l'ingénierie, où elle a pris une dimension éthique. C'est le cas, par exemple, des opérations de séparation partielle des hémisphères cérébraux chez les patients épileptiques, pratiquées dans les années soixante. On a vu apparaître des symptômes montrant qu'après l'opération, un seul cerveau abritait désormais deux personnalités distinctes, se partageant le contrôle du corps, avec parfois même des conflits internes.
Des dogmes tels que « à un corps correspond toujours un seul observateur » nous aveuglent considérablement lorsque nous analysons le problème même de l'intégrité et de l'indivisibilité de la personne.
L'illusion de la simplicité
Sans y réfléchir, tout cela peut sembler simple. « Je », c'est moi, j'ai une tête et je m'en sers pour manger — qu'y a-t-il de si difficile à comprendre Mais si l'on creuse un peu plus et que l'on cherche à comprendre ce que nous voulons dire au juste par « je », un abîme dangereux s'ouvre à nous, un abîme dont on ne voit pas le bout.
Où passe la frontière entre le « je » et le « non-je » En réalité, elle n'est pas aussi évidente qu'on a l'habitude de le croire.
La remise en cause de ces évidences naturelles entraîne de très graves conséquences lorsque l'on aborde le développement des biotechnologies, ou même certains faits médicaux déjà bien réels. Nous ne savons pas comment les interpréter, car notre « intuition cognitive » naturelle nous ment tout simplement. Pourtant, c'est, au sens propre du terme, une question de vie ou de mort.
Il existe une connaissance innée, un programme par défaut ou une croyance qui se forme automatiquement dès le plus jeune âge chez l'enfant : l'idée que « je » correspond à mon corps, et que le « non-je » est tout le reste. À bien y penser, cette vision simpliste est erronée.
Le corps comme frontière
Les gens perdent parfois des membres, certains les remplacent par des prothèses bioniques, les chirurgiens transplantent des organes, et l'on implante même temporairement des cœurs mécaniques artificiels et portatifs. Au début du siècle dernier, cela aurait été impensable. Aujourd'hui, face à ces réalités, continuer à affirmer que « je » équivaut à l'intégralité de mon corps est pour le moins étrange.
Où se trouve exactement cet observateur qui interprète deux signaux électrochimiques distincts, provenant de deux yeux différents, comme une seule et unique image
À l'époque où l'anesthésie médicale n'était pas aussi perfectionnée qu'aujourd'hui, il en existait une variante où le patient ressentait pleinement toute la douleur pendant l'opération, mais se trouvait dans l'incapacité totale de bouger ou de réagir, pour ensuite, après l'intervention, n'avoir aucun souvenir de ce qui s'était passé. La question n'est pas de savoir s'il était acceptable d'utiliser une telle méthode. Plus tôt encore, dans les hôpitaux de campagne, on amputait manuellement à la scie les membres fracassés lors des combats pour sauver des vies, et cela se faisait sans la moindre anesthésie.
Si l'opération est indispensable pour sauver la vie du patient, faut-il l'informer qu'avec une telle anesthésie il ressentira tout, ou vaut-il mieux garder le silence et le laisser affronter une expérience aussi terrifiante à l'improviste et dans une impuissance totale Si vous-même ne vous en souvenez pas et ne le savez pas, êtes-vous prêt à accepter que cela soit arrivé, ou arrivera dans le futur, à quelqu'un d'autre que vous Et si vous ne vous en souvenez pas, mais que vous le savez Cet exemple nous amène à la question de l'identification et des frontières subjectives entre le « moi » et le « non-moi ».
L'immortalité numérique
Dans la série « Altered Carbon », toutes les informations concernant un protagoniste sont sauvegardées dans le cloud, sur des serveurs. Toute sa mémoire, toutes les données nécessaires pour recréer un corps à l'identique. Ces données peuvent être synchronisées en continu ou périodiquement. Si cette personne est éliminée physiquement, la série montre qu'elle est rapidement recréée par des machines spéciales, et ses droits de propriété ainsi que son pouvoir sont transférés à l'être ainsi recréé.
Ces circonstances privent de sens le fait de le tuer, par exemple d'une simple balle dans la tête. Cependant, l'être recréé est-il vraiment le même qu'auparavant Y a-t-il eu, au moment du coup de feu, un véritable meurtre, ou la justice ne devrait-elle y voir qu'une simple tentative d'homicide La réponse est loin d'être évidente.
Le cerveau comme « moi »
Avec le développement de la science, de plus en plus de personnes ont commencé à associer le sujet de la conscience au cerveau. L'idée préconçue la plus répandue ensuite est que le « moi » est mon cerveau, ou même seulement une partie de celui-ci, comme un réseau de neurones. Mais alors, quelle partie exacte de ce réseau de neurones est le « moi » Essayons à nouveau de tracer la frontière entre le « moi » et le « non-moi », de séparer physiquement l'un de l'autre.
Et si l'on y réfléchit, il s'avère que le « moi » n'est pas l'ensemble du réseau de neurones, ne serait-ce que parce que, même en cas de pertes importantes dues à un AVC, à une autre maladie ou à un traumatisme, ce que nous considérons comme la personnalité subsiste. Chaque jour, même chez une personne en bonne santé, environ quatre-vingt mille neurones meurent de manière irréversible.
À quel moment précis l'embryon acquiert-il sa subjectivité À un certain stade, il n'a que deux neurones : est-ce déjà un être humain ou pas encore Alors, combien de neurones faut-il exactement pour être considéré comme un être humain Il est impossible de donner un chiffre argumenté, on ne peut pas tracer de frontière dans un processus continu. Il ne s'agit pas ici de l'éthique de l'avortement à tel ou tel stade, cela concerne également la vie des adultes.
L'embryon, la petite fille, puis plus tard la grand-mère, est-ce toujours la même personne, la même conscience, la même personnalité, le même individu Et ces quatre mots sont-ils de parfaits synonymes, ou pas tout à fait
La mémoire comme « moi »
Il existe aussi une variante de cette croyance selon laquelle le « moi » se résume à mes connaissances et à ma mémoire.
En cas de perte de mémoire, par exemple lors d'une amnésie rétrograde, doit-on alors considérer que la personne est temporairement morte Ou bien nous contentons-nous du fait qu'elle y ressemble physiquement, et décidons-nous ainsi qu'il s'agit de la même personne et que sa vie ne s'est pas interrompue Seulement, une copie ressemble encore plus et se souvient de tout, même si l'original de la première expérience de pensée se trouve loin. La ressemblance n'est pas un critère d'identité.
Une petite fille d'un an et la grand-mère qu'elle est devenue par la suite n'ont aucun souvenir commun des événements. Alors, pourquoi les considérons-nous comme une seule et même personne Presque toutes les cellules du corps humain se renouvellent en un an, et la quasi-totalité de la matière qui compose notre corps change en une décennie. Quel est donc le lien entre cette fillette d'un an et la grand-mère qu'elle deviendra avec les années Physiquement, elles ne se ressemblent pas du tout ; elles ne sont pas identiques, elles sont différentes à tous égards.
Cette fillette et cette grand-mère sont, bien sûr, le même citoyen, c'est indiscutable — de nos jours, le numéro de sécurité sociale et le numéro d'identification fiscale sont attribués dès la naissance. Seulement voilà, le citoyen n'est qu'un concept inventé, une construction artificielle.
L'identité à travers le temps
La continuité de la personne à travers le temps s'appelle l'identité. La conviction que mon « moi » d'il y a une minute était aussi « moi », et que dans un an ce sera encore « moi », est une sorte de croyance. Elle est certes indispensable à l'évolution, à la définition d'objectifs et à bien d'autres choses, mais elle n'est prouvée par rien ni personne. Au fond, ce n'est qu'un axiome, un concept, une invention. Si l'on accepte l'idée d'une continuité temporelle, des paradoxes apparaissent. Par exemple, il faudrait admettre que A est égal à B (la fillette égale la grand-mère), alors que du point de vue de la logique formelle et de ses critères, ce n'est manifestement pas le cas. Alors, quand la fillette est-elle morte, si, là où se trouve la grand-mère, la fillette n'est déjà plus
On peut distinguer trois sous-questions :
La question de la séparation du « moi » et du « non-moi » dans l'espace uniquement.
La question de la division entre « moi » et « non-moi » durant la vie d'un même organisme conscient (la continuité temporelle).
La question d'une métamorphose profonde s'apparente à celle d'une transformation majeure de l'organisme lui-même, ou de son cerveau, comme le passage de la chenille au papillon. Où se situe et qu'est-ce qui définit alors ce fameux « soi » À quel moment disparaît-il, ou meurt-il, si l'on admet bien sûr l'idée qu'il périt effectivement au cours de ce processus
Transformation radicale
Que se passerait-il si l'on lançait un programme artificiel pour transformer une chenille donnée en être humain vivant ou, inversement, un être humain en chenille Prendre ou perdre de la masse n'est pas la plus grande difficulté ici. Ce qui importe, c'est l'essence même de cette expérience de pensée. Et s'il ne s'agissait pas d'une chenille, mais d'un dauphin, supposé aussi intelligent qu'un humain Continuerions-nous, comme avant, à lui souhaiter son anniversaire chaque année Et si la métamorphose ne donnait pas un dauphin intelligent, mais un dauphin ordinaire Essayez de déterminer à quel moment précis il faudrait déclarer que ce n'est plus un citoyen, plus un être humain, et qu'il est temps de lui retirer son numéro de sécurité sociale.
Les partisans du transhumanisme admettent la possibilité et l'opportunité d'interventions radicales dans la nature humaine afin de l'améliorer, y compris chez les personnes déjà vivantes. Où passe la frontière entre la vie, la mort et la naissance d'un nouveau sujet au cours d'une telle métamorphose La mort peut être invisible, moins évidente, sans qu'il y ait nécessairement un cadavre et des funérailles. Que se passe-t-il après des opérations, chirurgicales ou autres, sur le corrélat neuronal de la conscience, c'est-à-dire le cerveau Quelles technologies convient-il d'adopter, et lesquelles faut-il rejeter parce qu'elles mèneraient à une mort invisible
La question de savoir ce qu'est le « soi », et où passe la frontière entre le « soi » et le « non-soi », est peut-être la question centrale et la plus pragmatique de notre existence.
Résurrection ou recréation
Il est fort probable qu'à l'avenir, il devienne possible d'extraire des informations — ou de les calculer mathématiquement — sur la disposition exacte des atomes du corps d'une personne du passé, par exemple un instant avant l'arrêt définitif de son cerveau. Une fois cette empreinte corporelle complète obtenue, on pourrait, grâce aux nanotechnologies, la reconstituer atome par atome et la faire renaître, pour ensuite immédiatement la réanimer, la soigner et la rajeunir. Pourra-t-on qualifier cela de véritable résurrection, ou s'agira-t-il seulement d'une reconstitution, c'est-à-dire de la création d'une copie Y a-t-il une différence
Peut-être la continuité physique et psychologique est-elle liée à la définition même de la personne. Si l'on admet l'idée que la conscience est en soi un processus continu, alors mourons-nous à chaque fois que nous nous endormons Est-ce une autre personne qui se réveille d'une anesthésie générale profonde ou après une mort clinique Comment devons-nous alors considérer une telle interruption du processus
Sur certaines questions, notre logique quotidienne et notre intuition nous induisent en erreur. Dans certains cas, cette illusion peut même être démontrée, comme dans le paradoxe des trois portes.
Le transfert de la conscience
La matière biologique ne diffère en rien du reste de la matière. Selon les conceptions scientifiques actuelles, ce dont nous sommes faits faisait autrefois partie des étoiles. Que se passerait-il si l'on tentait de transférer progressivement la conscience d'un support biologique vers un autre Remplaçons d'abord un neurone par un élément artificiel dans sa structure, mais strictement identique dans sa fonction, puis un autre neurone, une cellule, ou même un petit groupe de cellules. Au terme de ces substitutions successives, on obtiendrait une sorte de cyborg doté d'un cerveau de silicium ou d'un autre matériau, de poings d'acier, et ainsi de suite.
Certains diront qu'un tel « cyborg » reste en réalité le même être humain, en fondant son identité sur la continuité, c'est-à-dire sur l'absence de frontière nette permettant de dire où l'homme disparaît et où le cyborg commence. Mais alors, l'âme, si elle existe, va-t-elle elle aussi migrer vers ce nouveau corps synthétique Si l'on considère qu'elle ne migre pas mais qu'elle s'en va, il faudrait alors préciser à quel moment précis. Combien de neurones faut-il remplacer pour affirmer avec certitude que l'âme a quitté le corps Comment peut-on apporter une réponse argumentée à de telles questions
L'âme et la matière
En appliquant une méthode biochimique ou microchirurgicale à un ovule humain fécondé après sa première division, on peut séparer les deux cellules obtenues. Cela donnera naissance à des jumeaux identiques au lieu de l'unique individu qui se serait développé à partir de la cellule intacte. Des expériences similaires ont été menées avec succès et à de nombreuses reprises sur des animaux. Une brève et brutale intervention physique permettrait ainsi de faire apparaître deux vies, deux personnalités, là où il n'y en avait qu'une seule auparavant. En un sens, il s'avère qu'il est extrêmement simple de créer une autre vie. Peut-être devrions-nous considérer que l'on a détruit une vie pour en créer deux, puisque aucun des deux nouveau-nés ne sera identique à ce qu'aurait été l'individu initial. À qui demander ce qui arrive alors à l'âme, et à quel moment précis cela se produit-il, si tant est qu'il se produise quelque chose
Si l'on suppose que l'un des jumeaux ainsi obtenus devient le prolongement de celui qui devait naître, tandis que l'autre non, alors même que la division était absolument symétrique, cela signifie que le monde matériel contient une information incomplète sur sa propre structure. Une telle hypothèse est désagréable et inconfortable pour une pensée strictement matérialiste.
S'il existe dans l'univers quelque chose qui n'obéit pas aux lois de la physique, mais qui est régi par une âme immatérielle, nous devrions probablement être en mesure de détecter cette influence et cette intervention, de la mesurer et de l'enregistrer d'une manière ou d'une autre. Sinon, de quoi parlons-nous au juste quand nous employons le terme d'« âme » Si nous parlons de quelque chose qui n'appartient pas au monde matériel et n'exerce aucune influence sur lui, alors nous parlons de quelque chose qui n'existe pas, au sens ontologique du terme. En revanche, si une entité n'appartient pas au monde matériel mais qu'elle l'influence, c'est une autre histoire : le fait même de cette influence pourrait alors sans doute être mis en évidence.
La transplantation de cerveau
Aujourd'hui, les chirurgiens sont déjà capables de greffer des cœurs, et avec le temps, ils pourront aussi greffer des cerveaux. Imaginons deux patients masculins : l'un souffre d'un sarcome du cerveau, l'autre d'un sarcome du foie avec métastases, tous deux étant inopérables. Finalement, supposons que l'on transplante le cerveau sain sur le corps sain. On obtiendra un homme qui ne pourra concevoir des enfants que par l'intermédiaire du corps d'un autre citoyen, corps qu'il a acquis lors de la transplantation. Quel nom faut-il inscrire sur le bulletin de sortie Qu'en est-il des droits familiaux et patrimoniaux Et d'où prélèvera-t-on plus tard l'échantillon pour un test de paternité ADN, par exemple Quant aux âmes, là encore, c'est la confusion la plus totale.
Sur quelle base suppose-t-on que l'âme se trouve précisément dans le cerveau Pourquoi pas dans le cœur, par exemple, ou bien répartie dans le sang, ou ailleurs encore Imaginons une situation tout à fait fantastique : quatre personnes échangent leurs cerveaux en cercle, et de surcroît par paires, des hommes avec des femmes. Où iront alors leurs âmes Les âmes peuvent-elles changer non seulement de corps, mais aussi de sexe On peut s'attendre à l'opinion prévisible d'un énième prêtre dogmatique qui déclarera que toutes ces âmes iront, bien sûr, en enfer. Cependant, une telle position doit être considérée comme marginale. Elle apparaît lorsqu'il n'y a plus d'arguments, mais que le désir de faire la morale est toujours là, et qu'au lieu de tenter de répondre à des questions complexes, on ne propose qu'une seule recette : interdire tout ce qui est complexe et incompréhensible.
La liberté d'autodétermination
Nous sommes ce que nous pensons de nous-mêmes, ce à quoi nous nous identifions. On peut s'identifier à Napoléon ou au taureau de la parabole, croire que notre « moi » se prolongera dans nos enfants, dans les œuvres d'art que nous avons créées, ou qu'il se réincarnera dans un autre corps d'une autre race, ou même qu'il poursuivra son existence en tant que représentant de la flore ou de la faune. Nous sommes libres de choisir l'identité qui nous convient le mieux ou nous est la plus agréable, d'y croire, de nous bercer d'illusions et de demeurer dans l'illusion.
Ce texte comporte de nombreux points d'interrogation. Il n'y a pas de réponses : en résumé, toutes les hypothèses et tous les préjugés se révèlent infondés après un examen approfondi. Mais si vous voulez plonger plus profondément dans la compréhension de ces questions, il existe une vidéo de trois heures et demie, et c'est là que l'on va véritablement en profondeur.
Bâtir l'avenir ensemble
Les pensées véritablement neuves et uniques sont comme des sentiers tracés dans l'obscurité des territoires inexplorés du possible. Après toi, d'autres pourront les emprunter, les repenser, y apporter leur contribution, élargir la voie, voire bâtir une autoroute éclairée dans cette même direction.
Si tu as, ou si tu viens à avoir, des idées sur la manière dont pourraient s'organiser certains aspects d'une société du futur lointain, ou si tu as ta propre vision de cet avenir, partage-les. Tu peux les décrire librement, ou même sous la forme d'une courte nouvelle de science-fiction. Ce récit peut aborder, par exemple, des questions d'éthique, de droits, de libertés et de leurs limites, ou encore l'organisation technique et structurelle de ce « hypermonde » — c'est-à-dire la coexistence simultanée de cultures issues de différentes périodes historiques, avec la possibilité pour les individus de migrer d'une époque à l'autre. Un peuplement progressif de divers territoires par ces nouveaux arrivants « extraits ».
Où te rendrais-tu en premier lieu dans un tel hypermonde Et ensuite
Chacun a la possibilité d'apporter sa pierre à l'édifice, d'imaginer ensemble cet avenir, de l'inventer, de le dessiner, de le détailler, de proposer une visualisation de notre but et de donner du sens à notre espèce. Créer un « champ informationnel », une image collective du futur souhaité, y prêter attention — tout cela fonctionnera comme une prophétie autoréalisatrice.
Qui nous a désappris à rêver, et pourquoi
Ce qu'il est possible de faire
- Peut-être que le soutien le plus précieux à « l'œuvre commune » consiste simplement à discuter des idées des cosmistes russes avec l'une de tes connaissances. L'effet papillon, ou plutôt l'effet d'un essaim de papillons, est souvent sous-estimé à long terme. De plus, nous sommes tous reliés par environ six degrés de séparation : de fil en aiguille, l'information finira par atteindre des acteurs clés capables, en la relayant, de l'amplifier et de la développer. Une simple conversation sur ces idées peut avoir un impact notable sur l'avenir lointain, car les pensées et les paroles marquantes, telles des ondes se répercutant de personne en personne, s'envolent vers l'éternité et façonnent notre avenir.
- Soutenir la collecte de fonds sur Boosty.to pour la publicité du site et la promotion des idées du cosmisme russe. Boosty.to
- Envoie à l'une de tes connaissances le lien vers le site « Cosmisme russe » ou partage-le dans une messagerie ou dans les commentaires des discussions auxquelles tu participes.
- Tu peux aussi écrire toi-même de nouveaux textes sur le cosmisme russe, reformuler les idées existantes de manière plus claire et accessible, les enrichir de tes propres réflexions, ou encore formuler et poser d'autres questions cruciales sur le sujet. Tu peux également publier sur tes réseaux des contenus liés au cosmisme russe.
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- Signale à l'adresse ru.cosmism@gmail.com les erreurs d'orthographe, de style ou de fait que tu pourrais remarquer dans le texte.
- Expliquer à vos enfants, lorsqu'ils s'interrogeront sur leur propre mortalité et sur la vôtre, que si l'on créait une pilule spéciale contre la vieillesse, les êtres humains pourraient vivre indéfiniment, mais que les scientifiques ne l'ont pas encore inventée. Une telle empreinte exerce une influence décisive sur les réactions futures de l'individu, sur la formation de ses valeurs et de ses priorités, et en fin de compte, sur l'ensemble de son comportement.
- Cultiver en soi un cœur qui ne soit pas une boîte en carton remplie de mèmes, mais une parcelle de l'un des éléments. Notre conscience crée des idéaux, et notre raison cherche les moyens de les atteindre.
- Le destin de nos vies immortelles se joue dans les conséquences de nos paroles et de nos actes, qui se propagent comme des ondes et se répercutent dans l'éternité. Et chacune de nos fautes, tout comme chacune de nos bonnes actions, engendre notre avenir.
Le destin de nos vies immortelles est défini par les conséquences de nos paroles et actions, qui se propagent en ondes et se reflètent dans l'éternité.
















